En
été 2002, quelques membres
du comité directeur du SLAG français
avaient proposé d'améliorer
la base reproductrice des Azawakhs par une
retrempe ciblée avec des Sloughis.
Le potentiel génétique de
l'Azawakh en Europe serait trop restreint.
Cette crainte est-elle justifiée?
Pour quelles raisons? Qu'est-il possible
d'entreprendre? Avant de répondre
à ces questions, j'évoquerais
les bases pertinentes de la génétique
biologique sous la forme la plus simple.
La
base: La cellule
La
cellule se compose de l'enveloppe et du noyau.
Celui-ci est le porteur du matériel
génétique. Il contient des filaments
centraux ou les chromosomes qui existent toujours
par paires. Le chien possède donc 78
chromosomes, 39 couples.
Le
matériel de transmission (DNS) est
organisé sous forme de sections. Ils
sont désignés comme des microsatellites
et sont des marqueurs génétiques.
Chez le chien, il y a jusqu'à 50.000
microsatellites. Chaque microsatellite se
tient à une place bien précise
sur un chromosome et est différent
d'un chien à l'autre. Plus deux chiens
sont étroitement apparentés,
plus leurs microsatellites sont semblables.
Les
gènes en tant que responsables de la
transmission héréditaire
Les
plus petites unités de l'information
génétique sont les gènes.
Puisque les chromosomes n'esistent pas individuellemnt
mais par paires - de manière homologue
-, chaque gène posséde un gène
partenaire ou homologue (allèle).

Illustration 1 ( Schwegler, anatomie et physiologie,
1998)
On
considère que les chiens ont plus de
100.000 couples d'allèle, donc environ
200.000 gènes. La section, sur laquelle
deux allèles sont localisés
sur un chromosome, s'appelle une place génétique
(locus). Un gène spécifique
apparaît toujours à la même
place du chromosome. Et ce gène spécifique
influencera toujours une qualité tout
à fait précise et seulement
celle-ci. Puisqu'un chromosome du couple de
chromosomes provient du père et l'autre
de la mère, la moitié de tous
les gènes proviennent de l'étalon
et l'autre moitié de la chienne.
Un
allèle peut dominer l'autre et ainsi
déterminer ce qui sera transmis. Si
un tel allèle partage un locus avec
un allèle plus faible, l'allèle
plus faible est opprimé et l'aspect
du chien (le phénotype) est déterminé
par le gène plus fort et dominant.
Les gènes, qui dans ce cas ne peuvent
s'exprimer, sont désignés par
le terme récessif. Des caractéristiques
récessives deviennent seulement visibles
sur un animal lorsque leurs responsables génétiques
existent de façon "pure",
c.-à-d. par paires sur la même
place génétique (locus) de l'animal.
Cela joue un rôle important dans la
transmission des tares génétiques,
puisque de nombreuses tares sont transmises
de façon récessive.
Si un couple d'allèles contient la
même information génétique,
le chien pour cette caractéristique
est homozygote. Si les allèles sont
différents, le chien est hétérozygote
concernant cette caractéristique. Le
potentiel génétique d'un chien
est composé de caractéristiques
pures, donc homozygotes, et de caractéristiques
mélangées, donc hétérozygotes.
Il n'y a pas de chien qui soit homozygote
concrenant ses caractéristiques ou
qualités.
Règles
de la transmission génétique
L'action
des facteurs génétiques induit
les possibilités suivantes:
a) un gène influence une seule caractéristique,
b) un gène influence plusieurs caractéristiques,
c) plusieurs gènes influencent ensemble
l'apparition d'une caractéristique,
on parle de transmission polygénique,
de Polygénie ou de transmission multifactorielle.
Pour
de nombreuses caractèristiques un seul
gène spécifique n'est pas responsable;
plusieurs gènes différents agissent
ensembles. De tels transmissions polygéniques
existent pour presque toutes les qualités
et caractéristiques quantitatives.
Ces dernières sont par exemple la taille,
le poids, l'angulation arrière, les
qualités de performance ou de tempéremment.
Les caractéristiques qualitatives sont
le poil ou la robe.
Certains
gènes actifs ne se font remarquer que
lorsqu'ils apparaissent dans une minorité
d'animaux. De tels effets apparaissent aussi
au niveau des tares génétiques.
Certaines tares sont des modifications (mutations)
de gènes sains qui se transmettent
généralement de façon
récessive. Elles se transmettent souvent
sur des générations dans l'obscurité.
Ce n'est que lors de la réunion de
deux de ces gènes mutants que l'on
peut voir surgir de manière perceptible
ceux-ci dans le phénotype.
L'Héritabilité
est l'influençabilité du phénotype
par le génotype. Elle peut varier de
0 à 100 pour cent. Une qualité
est rarement transmissible à 100 pour
cent (cf. Claude Gaillard, Notre chien de
race, décembre 2002).
|
Caractéristique
|
Héritabilité
en %
|
Héritabilité
|
|
Biologiques |
|
|
|
Fécondité |
10-15
% |
basse |
|
Taille
des portées |
10-20
% |
basse |
|
Qualité
de la semence |
15
% |
basse |
|
Morphologiques |
|
|
|
Qualités
morphologiques |
30-65
% |
moyenne
à élevée |
|
Hauteur
au garrot |
40-65
% |
élevée |
|
Longueur
du corps |
40
% |
moyenne |
|
Hauteur
de la poitrine |
50
% |
élevée |
|
Longueur
de l'encolure |
50
% |
élevée |
|
Comportementales |
|
|
|
Aptitudes
à la chasse |
10-30
% |
basse
à moyenne |
|
Tempérament |
30-50
% |
Moyenne
à élevée |
|
Nervosité |
50
% |
élevée |
|
Crainte |
45-60
% |
élevée |
|
Peur
des coups de fusils |
60-70
% |
Très
élevée |
|
Pistage |
46
% |
élevée |
|
Odorat |
39
% |
moyenne |
|
Garde |
10
% |
basse |
|
Comportement
en général |
27-44
% |
moyenne |
illustration
2 (: Hansen, Hérédité
chez le chien, 2001)
La
consanguinité est un moyen visant à
obtenir des caractéristiques ou qualités
souhaitées ou au contraire à
éliminer des caractéristiques
et qualités indésirables. La
règle de base simple, selon toute apparence,
de l'élevage est que seuls les sujets
qui correspondent les plus dans leurs caractéristiques
et qualités à l'objectif d'élevage
sont utilisés comme reproducteurs -
la question qui reste naturellement ouverte,
est s'il existe un progrès d'élevage,
c.-à-d. si un programme d'élevage
choisi a réellemnt un sens.
D'habitude,
on peut recourir en élevage à
un large choix de sujets reproducteurs non
apparentés, lorsque des défauts
apparaissent avec une sélection homozygote
et doivent être corrigés. Cette
possibilité est fort réduite
lorsqu'on a à faire avec une population
numériquement limitée comme
chez l'Azawakhs. Car la sélection signifie
toujours une modification de fréquence
génétique et/ou des pertes génétiques,
c.-à-d. qu'avec une sélection
ciblée et toujours réitérée
la fréquence de l'apparition de certains
gènes dans la population reproductrice
totale change.
Pour
l'estimation des pertes génétiques,
l'évaluation d'un reproducteur, au
moyen de son coefficient de consanguinité
et de son coefficient de perte génétique,
joue un rôle utile.
Le
coefficient de consanguinité d'un chien
indique, combien l'Hétérozygotie
a perdu et l'Homozygotie a gagné en
pourcentage par rapport à la moyenne
de la race.
La formule de Wright pour le calcul du coefficient
de consanguinité (IK) est:
IK=(1/2)n1+n2+1
Les
coefficients de perte génétique
(AVK) (formule du Prof. Schlegel, université
Vienne) est le quotient du nombre d'ancêtres
uniques et du nombre total des ancêtres.
Un exemple chiffré: admettons que sur
trois générations connues, parmi
les 14 ancêtres n'apparaîssent
que 8 individus différents, le quotient
sera 8:14=0,55 c.-à-d. une perte génétique
de 55 pour cent. Un AVK de 60 signifie par
exemple que l'Hétérozygotie
a diminué de 40 pour cent.
En
ce qui concerne la question d'entrée
"appauvrissement génétique
de l'Azawakh?" j'ai analysé la
population européenne (environ 900
sujets de la période de 1977 à
2001) concernant l'IK et l'AVK. Pour obtenir
des valeurs moyennes annuelles, toutes les
valeurs IK et AVK des sujets documentées
ont été calculées , ces
valeurs ont été ajoutées
respectivement et divisées par le nombre
des entrées.
Le
résultat pour la population d'Azawakhs
en France montre la diminution constante de
l'AVK jusqu'en dessous de la valeur de tolérance
génétique de 70 pour cent à
la fin des années quatre-vingt-dix.
Le coefficient de consanguinité augmente
proportionnellement au-dessus du seuil critique
de 20 pour cent. Cela donne un "effet
de col de bouteille" de l'éventail
génétique initial des Azawakhs
importés d'Afrique coloniale à
un rétrécissement dramatique
qui n'est plus corrigible avec le potentiel
génétique du cheptel reproducteur
français actuel.
L'élevage
Allemand a atteint dans les années
soixante-dix un stade qui a plus ou moins
correspondu à l'état actuel
de la population française. Par l'apport
d'Azawakhs en provenance de France et surtout
depuis le recours à des importations
d'Afrique depuis les années quatre-vingt-dix,
l'élevage en général
en Allemagne retrouve des valeurs croissantes
et sures. Certains élevages et lignées
particulières peuvent dévier
naturellement plus ou moins fortement de cette
moyenne statistique (cf. illustrations 6 8).
Répartition
IK et AVK de l'élevage français:
Fig.
3
Répartition
IK et AVK de l'élevage allemand:

Fig.
4
L'Homozygotie
est utilisée en élevage d'animaux
de compagnie comme moyen d'amélioration
des races. La consanguinité vise à
produire des chiens au potentiel génétique
homozygote. Plus IK est élevé,
plus grande est la probabilité que
les descendants soient homozygotes pour certains
gènes. Il reste que l'on peut se demander
quels gènes deviennent homozygotes
lors de ces acouplements, seuls les gènes
souhaités ou aussi les indésirables.
Chez une population d'élevage déjà
faible et restreinte génétiquement
cela peut conduire à l'effondrement
d'une race.
Les
tares héréditaires sont habituellement
déterminées par des gènes
récessifs transmis généralement
de façon polygénique. La plupart
des qualités ou caractéristiques
indésirables qui apparaissent au cours
de sélections homozygotes en ligne
(linebreeding), sont des tares héréditaires.
Seuls les descendants de reproducteurs qui
possèdent le gène récessif
de la tare de façon homozygote afficheront
ce phénotype. Ainsi, il est possible
qu'une certaine caractéristique souhaitée
qui devait être fixée par consanguinité,
soit couplée avec une autre caractéristique
indésirable. Ou bien les gènes
que l'on veut voir disparaître par consanguinité
sont couplés avec une autre caractéristique
particulièrement recherchée.
Au sein de petits élevages des conséquences
positives et négatives apparaissent
déjà à court terme avec
la consanguinité. Lors de la reconstruction
d'une population reproductrice, la consanguinité
peut renforcer relativement rapidement des
caractéristiques raciales définies
par les éleveurs ou les fédérations
(souvent tout à fait arbitrairement).
En augmentant la consanguinité apparaissent
alors certains problèmes que l'on qualifie
de dépression génétique.
Quelques
conséquences de la consanguinité
(caractéristiques de dépression
génétique)
|
Caractéristiques
|
Conséquences
|
|
Vitalité
|
Diminution
|
|
Longévité
|
Réduction
|
|
Résistance
aux maladies
|
Diminution
|
|
Aptitude
générale au travail
|
Diminution
|
|
Fécondité
|
Diminution
|
|
Prolificité
|
Réduite
|
|
Quantité
et qualité du sperme
|
Diminution
|
|
Morts
nés
|
Augmentation
|
|
Mortalité
des chiots
|
Augmentation
|
|
Croissance
|
Diminution
|
|
Anomalies
|
Augmentation
|
|
Maladies
|
Augmentation
|
|
Sensibilité
à l’environnement
|
Augmentation
|
illustration
5 ( Hansen, Hérédité
chez le chien ; 2001)
Les
conséquences négatives de la
consanguinité n'apparaissent pas immédiatement
ou toutes ensemble. Certaines lignées
semblent tolérer un degré de
consanguinité plus élevé
que d'autres, avant que des effets négatifs
ne se fassent sentir.
Même
au sein d' une sélection en ligne étroite
avec des IK et AVK relativement élevés,
des tares génétiques peuvent
rester cachées sur de longues périodes.
Elles peuvent, par de heureux hasards génétiques,
rester confinées et/ou ne concerner
que certaines qualités physiques ou
psychiques qui sont moins visibles ou sont
acceptées tacitement par les éleveurs
et les propriétaires. De cette façon
même, naît le danger que des conséquences
négatives sur l'aspect et le comportement
soient, avec le temps, interprétées
à tort par les juges et le public comme
des caractéristiques naturelles et/ou
générale de la race .
Par
conséquent, l'éventail de la
"philosophie d'éleveur" est
étonnamment grande. Les IK- et les
AVK- des portées de trois élevages
d'Azawakhs peuvent servir d'exemple.
Répartition
des IK- et AVK- d'un élevage pratiquant
consanguinité et inceste:
Illustration
6
Répartition
des IK- et AVK- d'un élevage ne pratiquant
pas de consanguinité:
Illustration 7
Répartition
des IK- et AVK- d'un élevage pratiquant
la sélection en ligne (linbreeding):
Illustration 8
La
consanguinité ne doit pas inéluctablement
conduire à la catastrophe, d'autant
moins si des acouplements hors consanguinité
réalisés à temps, améliorent
les IK et AVK. Les seuils de tolérance
admis sont un IK: moins de 10 et un AVK: plus
de 75. La consanguinité (large ou étroite)
signifie toutefois, dans tout les cas, des
pertes génétiques irrémédiables
et le risque de modifications indésirables
et/ou de maladies génétiques.
Je
suppose que le club français était
conscient de ces dangers (illustration 5).
Alors, si le diagnostic est correct, la proposition
de thérapie, la retrempe avec des Sloughis
en guise d'élargissement génétique,
aurait toutefois été erronée.
Comme moyen de choix, s'offre, comme pratiqué
entretemps avec succès dans l'élevage
allemand (cf. par exemple illustration 7),
le recours au potentiel génétique
originel des Azawakhs disponible comme auparavant.